Mise bas

Accouchement ou Mise Bas

 

 

LES 3 PHASES DE L’ACCOUCHEMENT

Dans toutes les espèces animales, comme dans l’espèce humaine, l’accouchement se réalise en 3 étapes successives. Si l’une de ces étapes se déroule mal ou incomplètement, l’ensemble du processus de l’accouchement est compromis :

  • stade I : des contractions utérines commencent à se produire mais elles sont imperceptibles de l’extérieur au départ (début du travail). Dans le même temps, le col utérin s’ouvre et se dilate pour laisser le passage aux nouveau-nés.
  • stade II : c’est la phase d’expulsion des fétus un par un.
  • stade III : il correspond à l’expulsion des placentas.

Les stades II et III sont en général mélangés chez la chienne, chaque sortie d’un chiot étant en général suivie de celle de son placenta quelques minutes après. Il arrive que ces stades se chevauchent et que deux chiots sortent avant les deux placentas.

LES SIGNES ANNONCIATEURS

– LES SIGNES PHYSIQUES

L’apparition de lait dans les mamelles n’est pas un signe très fiable, car elle peut se produire à des moments variables d’une chienne à l’autre. Chez des chiennes ayant mis bas plusieurs fois, on la met en général en évidence environ une semaine avant l’accouchement. Mais chez de jeunes chiennes qui accouchent pour la première fois, il n’est pas rare que ce signe n’apparaisse que 2 ou 3 jours avant le terme. Enfin, chez des chiennes ‘ mauvaises laitières ‘, on n’a parfois pas de lait jusqu’à ce que les chiots soient nés, c’est-à-dire après l’accouchement.
Au cours de la dernière semaine, on observe une dilatation et un relâchement de la vulve, qui deviennent très nets 48 heures avant l’accouchement. Encore une fois, cela est moins net chez des chiennes qui en sont à leur première portée. Les ligaments du bassin se distendent pour permettre aux chiots de passer, ce qui entraîne un aspect basculé de l’arrière-train, les os du bassin semblant alors plus saillants et la queue plantée plus haut. (On dit que la chienne semble ‘ cassée ‘.)
Dans les dernières heures précédant l’accouchement, la fonte du bouchon muqueux présent au niveau du col de l’utérus se traduit par l’écoulement d’un liquide filant à la vulve. C’est souvent un bon signe qui traduit le début imminent du travail. Juste avant que le premier chiot ne sorte, on observe le plus souvent un écoulement verdâtre à la vulve. Il est dû au décollement placentaire qui entraîne la libération d’un pigment dérivé de l’hémoglobine et qui se nomme utéroverdine. Cette substance, de couleur vert foncé, colore donc les liquides émis au niveau de la vulve pendant toute la durée de l’accouchement. Pas d’affolement, c’est normal !

– LES SIGNES COMPORTEMENTAUX

Dans les 12 à 36 dernières heures précédant la naissance des chiots, parfois jusqu’à une semaine avant l’accouchement, l’utérus commence à se contracter. Ces contractions sont à ce stade, imperceptibles de l’extérieur mais elles génèrent un changement d’attitude de la chienne. Celle-ci est le plus souvent agitée, inquiète, haletante. Les jeunes chiennes peuvent présenter de l’énervement, gratter le sol furieusement avec leurs antérieurs ou se déplacer en tous sens exagérément. Il convient alors de les confiner dans un espace plus réduit pour éviter que les chiots ne soient tués à la naissance par une mère trop remuante.

 

MISE-BAS :

ATTENTION AUX SIGNES ANNONCIATEURS TROMPEURS

Les signes indiqués dans le texte de cet ouvrage comme indicateurs de l’imminence de la mise-bas ne sont en aucun cas fiables à 100 pour cent.
Ainsi, certaines chiennes se mettent à gratter le sol plusieurs jours, parfois une semaine, avant l’accouchement. Les pertes translucides, signes de l’ouverture du col, peuvent se produire plusieurs jours avant le terme, ainsi que la chute de la température rectale.
Dans le doute, il ne faut donc pas se fier qu’à un seul signe mais prendre en compte un ensemble de choses et d’observations concernant la chienne pour prévoir le moment où vont arriver les nouveau-nés.

 


Certaines chiennes s’isolent dans l’endroit qu’elles ont choisi pour accoucher (placard, lit, corbeille…) et parfois, elles tentent sommairement de préparer une sorte de nid avec des chiffons ou des morceaux de papier. Enfin, certaines femelles recherchent la solitude, semblent plus distantes. D’autres, au contraire recherchent la présence de leur maître, le suivant partout dans la maison au cours de tous ses déplacements.
Enfin, la plupart des chiennes refusent de manger dans les heures précédant l’accouchement, ce qui est le plus souvent un bon indice.

 

– LES SIGNES FONCTIONNELS

 

La mise-bas est déclenchée par des modifications hormonales. Ainsi, la progestérone qui, comme nous l’avons dit, est sécrétée pendant toute la durée de la gestation, commence à baisser un peu au niveau sanguin dans les deux dernières semaines de la gestation. Mais, dans les 48 dernières heures qui précèdent l’accouchement, le taux sanguin de progestérone s’effondre brutalement jusqu’à devenir quasi- inexistant.
Cette chute de la progestérone est tout à fait indispensable au démarrage de l’accouchement. En effet, c’est elle qui conditionne l’efficacité d’une hormone contractante de l’utérus dont nous reparlerons plus loin, l’ocytocine. Tant que le taux de progestérone est élevé, l’ocytocine ne peut pas agir sur l’utérus, par manque de points d’action (récepteurs).
Les dosages de progestérone étant désormais réalisables dans les cabinets vétérinaires, il est possible de déterminer si la chienne est à terme de cette façon (voir encadré).

 

PRÉVOIR LA MISE BAS :

INTÉRÊT DU DOSAGE DE LA PROGESTÉRONE

En fin de grossesse, le taux de l’hormone de la gestation, la progestérone, diminue dans les dernières 24 à 48 heures qui précèdent l’accouchement. Et, de plus, l’accouchement ne peut pas se produire si le taux de cette hormone n’est pas descendu à un seuil basal.
On peut ainsi, maintenant que ce dosage est accessible à tous les vétérinaires praticiens, repérer si une chienne est à terme ou non. La durée apparente de la gestation étant très variable, cela permet de diminuer l’incertitude, à la veille d’un week-end par exemple. Cela permet également de ne pas s’affoler inutilement lors de post-terme, quand la chienne n’a toujours pas fait ses petits à 66 ou 67 jours de gestation, si on se rend compte qu’elle n’est pas encore à terme.
Dans les races chez lesquelles des césariennes sont fréquentes ( bouledogue français et Bulldogs Anglais, par exemple) des dosages de progestérone effectués dans les derniers jours de gestation permettent d’éviter de réaliser l’opération trop précocement et donc d’augmenter la vitalité et les chances de survie des chiots après l’intervention.

CONTRÔLER L’OUVERTURE DU COL

Malgré des études très nombreuses conduites chez la femme, on ne sait pas encore médicalement contrôler efficacement l’ouverture du col de l’utérus avant l’accouchement. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas induire un accouchement avant que le col ne soit ouvert.
Chez la femme, des gels à base de prostaglandine (Prépidil ND) sont utilisés avec une assez bonne réussite pour dilater le col utérin. Leur efficacité chez la chienne est inconnue.
De plus, chez la chienne, hormis dans les petites races que l’on peut examiner plus facilement, la profondeur du vagin empêche de visualiser le col et son ouverture par un simple examen gynécologique.
On ne doit donc jamais déclencher des contractions utérines si un premier chiot n’est pas déjà sorti ou au moins engagé dans les voies génitales.

 

Cette chute de la progestérone détermine une chute de la température rectale. On conseille ainsi dans les derniers jours de prendre la température de la chienne matin et soir et on doit normalement observer une baisse d’environ 1 degré par rapport à la moyenne des jours précédents dans les 12 à 24 heures qui précèdent l’accouchement. La température doit normalement remonter ensuite, avant la naissance. Ce signe n’est hélas pas toujours fiable ; en effet, dans un certain nombre de cas, la température chute plusieurs fois dans les 3 ou 4 derniers jours de la gestation et parfois elle ne remonte pas après avoir chuté. Ce signe est néanmoins un bon indice de la préparation des choses pour le propriétaire et il est facilement explorable.

 

LE DÉROULEMENT DE LA MISE BAS

– LES DURÉES D’EXPULSION

 

Les durées normales pour l’ensemble de la mise-bas, c’est-à-dire l’expulsion de tous les chiots, du premier au dernier, sont extrêmement variables et dépendent bien entendu de la race, de la taille de la portée et du fait que la mère a déjà accouché antérieurement ou pas. En général, l’ensemble de l’accouchement se produit en 4 à 8 heures, avec des extrêmes pouvant aller jusqu’à 24 à 36 heures chez de jeunes chiennes primipares (c’est-à-dire accouchant pour la première fois), ou pour des portées de 10 chiots et plus, c’est-à-dire dans les races moyennes ou grandes.
Chaque chiot est expulsé dans un délai très variable également, de quelques minutes à une heure et demie. Souvent, le premier chiot sort plus lentement et les suivants plus rapidement.
Le délai moyen entre l’expulsion de chaque chiot est de 20 à 30 minutes. Ceci est encore une fois très variable. En fin d’accouchement en effet et du fait de la fatigue, les délais sont en général augmentés. On a même parfois pu observer des chiennes qui expulsent leurs derniers chiots après 12, voire 24 heures de repos apparent. En pratique, néanmoins, retenons que si un chiot qui apparaît à la vulve n’est pas sorti en une heure, il convient d’en parler à un vétérinaire et que si un délai de plus de 3 ou 4 heures sépare la naissance de deux chiots successifs, il vaut mieux consulter ou au moins prendre un avis auprès d’un praticien.

 

– LA NAISSANCE DU CHIOT

 

La chienne en général se tient couchée sur le côté. Parfois, elle se met accroupie, dans une position rappelant la défécation. De fortes contractions sont visibles au niveau du ventre, qui amènent rapidement l’apparition d’une poche de couleur verdâtre au niveau de la vulve. Il s’agit du chiot entouré de son amnios. Cette poche se perce parfois spontanément ou est crevée par la mère qui lèche sa région génitale. Il ne faut pas s’inquiéter.
Souvent, le chiot est expulsé très rapidement à la faveur d’une contraction un peu plus puissante que les précédentes. La poche qui l’entoure est en général déchirée à terre par la mère dans un délai de 30 secondes à 2 minutes. Si tel n’est pas le cas (par exemple lorsque la mère est inexpérimentée ou dans les races à ‘ face plate ‘ comme le bouledogue français ou le shih tzu chez lesquelles l’implantation des dents ne permet pas bien de déchirer cette poche), il faut la rompre sinon le chiot qui commence à prendre sa respiration risque de se noyer. Le cordon ombilical n’est souvent pas rompu à ce stade.
Le placenta sort à la suite du chiot dans les 5 ou 10 minutes suivantes. Il est fréquemment mangé par la mère qui réalise en même temps la section du cordon ombilical si l’éleveur ne l’a pas déjà fait lui-même (voir plus loin l’assistance à l’accouchement).
Dans 60 % des cas, le chiot va naître en présentation antérieure : la tête la première. Et alors les membres doivent être allongés de part et d’autre de la tête. De même, lorsque le chiot vient en présentation postérieure (dans 40 % des cas), les membres doivent être allongés. Cela signifie que si l’on passe un doigt dans le vagin, on doit sentir les deux petites pattes. En présentation antérieure, on doit également palper le museau du chiot. Si une de ces sensations manque, on est en présence d’une malposition qui risque d’empêcher l’expulsion (voir encadré).

 


COMMENT TIRER UN CHIOT

Lorsqu’il devient urgent de faire sortir un nouveau-né parce qu’il est bloqué à mi-course, par exemple, on n’a pas le temps d’attendre le vétérinaire. On peut alors essayer d’aider la mère en se souvenant qu’il faut exercer des tractions vers le bas et vers l’arrière, la chienne devant être maintenue debout. Il ne faut tirer que lorsque la chienne pousse également de son côté.

TRACTION DE LA TÊTE
(prendre en arrière du crâne entre l’index et le majeur)
TRACTION DES MEMBRES

 

LES MALPOSITIONS FÉTALES

POSITIONS NORMALES :
les membres sont allongés
Présentation postérieure (40 % des cas) Présentation antérieure (60 % des cas)
   
MALPOSITIONS
Repli d’un membre Repli d’un membre avec déviation latérale de la tête
   
Flexion de la tête vers le bas ‘ Siège ‘ Présentation par les fesses

 

Il n’est pas facile de prévoir un problème survenant à l’accouchement et de se rendre compte d’une anomalie à ce moment. Néanmoins, la plupart des problèmes rencontrés à ce stade peuvent être résolus facilement à condition de ne pas s’affoler inutilement. Bon nombre d’éleveurs compliquent eux-mêmes la situation car ils sont impatients que la chienne ait terminé sa mise-bas et ils vont tenter de précipiter les choses. Retenons que la devise des obstétriciens est : ‘ l’art de l’accouchement est de savoir attendre ‘.

 

LES DYSTOCIES

 

On désigne par ce terme les complications pouvant survenir au cours de l’accouchement et compromettant de ce fait son bon déroulement. Plusieurs cas de figure peuvent se présenter :

 

– INERTIE UTÉRINE PRIMAIRE

 

Encore appelée ‘ atonie utérine ‘, elle est caractérisée par une chienne qui, du fait de contractions insuffisantes de son utérus, n’arrive pas à expulser des chiots de taille normale au travers de voies génitales normalement préparées et dilatées.
Comment peut-on s’en rendre compte ? Tout d’abord certaines races sont prédisposées. Les petites races (terriers, yorkshirecaniches, petits lévriers) ou au contraire certains molosses bouledogue français y sont plus fréquemment sujets. Un mauvais état d’entretien (parasitisme, malnutrition), l’obésité ou l’âge peuvent prédisposer la chienne à faire une atonie utérine. D’autre part, il semble que les chiennes ayant déjà présenté une inertie utérine aient tendance à en refaire lors des mises-bas ultérieures. Certains éleveurs parlent également de lignées, c’est-à-dire de familles de chiens touchées de mère en fille.
Les chiennes atteintes semblent se préparer normalement à l’accouchement, mais à aucun moment on n’observe de réelles contractions abdominales nécessaires à l’expulsion des f’tus. Parfois, un ou deux chiots parviennent tant bien que mal à sortir, mais après des heures d’attente. Et ensuite, plus rien ! Après 3 heures d’attente sans la moindre contraction, il faut consulter au moins par téléphone le vétérinaire de garde.
Le traitement consistera, après avoir vérifié qu’aucun obstacle ne gêne le passage des chiots grâce à un examen clinique et éventuellement une radiographie, à injecter une hormone contracturante de l’utérus : l’ocytocine. Cette substance est très efficace et parfois utilisée directement par les éleveurs. Elle n’est cependant pas sans danger et peut, lorsqu’elle est utilisée à mauvais escient, créer plus de mal que de bien. Cette utilisation d’ocytocine sera parfois associée à des perfusions de calcium. En effet, le calcium est indispensable à l’action contractante de l’utérus et lors d’atonie utérine, principalement dans les petites races, le manque de calcium peut contribuer à aggraver le manque de tonicité de l’utérus. Il est alors utile d’en apporter à la chienne en supplément aux autres traitements de l’atonie.

 

OCYTOCINE ET CALCIUM

Comment l’ocytocine provoque-t-elle des contractions de l’utérus ? Cette hormone favorise en fait la mobilisation et l’utilisation du calcium par le muscle utérin, le calcium étant absolument indispensable à toute contraction musculaire dans l’organisme.
Lorsque l’ocytocine n’agit pas bien au moment de l’accouchement, les vétérinaires pratiquent fréquemment des injections de calcium pour tenter de favoriser l’action de cette hormone. Le calcium est souvent administré en perfusion ou directement dans la veine.
Certaines personnes préfèrent injecter également l’ocytocine dans une perfusion intraveineuse, prétendant que cette substance est ainsi distribuée plus régulièrement dans l’organisme et est plus efficace. Ce n’est pas toujours facile d’agir ainsi, d’autant que brancher et maintenir en place une perfusion sur une chienne qui accouche et est souvent très agitée est quasi-impossible.

– INERTIE UTÉRINE SECONDAIRE

 

On se trouve cette fois face à une chienne ayant eu des contractions normales dans un premier temps de l’accouchement, cédant à un moment donné la place à une atonie utérine. Souvent, cela fait suite à une obstruction (un chiot trop gros ou mal positionné par exemple). La chienne va alors pousser, pousser, avoir des contractions improductives prolongées et parfois douloureuses. Dans un second temps, une fatigue utérine s’installe et tout semble s’arrêter. Si on a mal surveillé sa chienne, il n’est pas toujours aisé de faire la différence avec une inertie primitive et seul l’examen clinique ou radiographique effectué par le vétérinaire permettra de trancher.
On retrouve ce cas chez les chiennes de format moyen ou grand accouchant d’un très grand nombre de chiots. Lorsque celles-ci ont expulsé la moitié ou les deux-tiers de la portée, tout stoppe pendant un certain temps, parfois plusieurs heures. Tout se passe comme si l’utérus, fatigué, n’arrivait pas à se contracter et ait besoin de plusieurs heures de récupération.
Dans un cas comme dans l’autre, des injections massives d’ocytocine ne changeront rien à l’inertie utérine aussi il convient d’adopter une démarche raisonnée et lorsqu’on suspecte une atonie secondaire, de consulter sans délai un vétérinaire. Hélas souvent, une césarienne sera nécessaire pour faire naître le reste des petits.

 

LES DANGERS DE L’OCYTOCINE

La naissance des chiots est une des étapes essentielles en élevage. En effet, obtenir des nouveau-nés en bonne santé est le but de tout éleveur qui, en général, tient à surveiller et à assister le cas échéant, les naissances. A cette occasion sont fréquemment utilisés des médicaments à visée obstétricale, au premier rang desquels la fameuse ocytocine, souvent appelée ‘ post-hypophyse ‘, dont l’utilisation n’est en fait pas toujours inoffensive. Il est inutile de revenir sur les effets et les indications exactes de cette substance très utilisée en élevage.

L’OCYTOCINE PROVOQUE DES CONTRACTIONS DE L’UTÉRUS

L’ocytocine est une hormone normalement libérée dans l’organisme au moment de l’accouchement car elle provoque des contractions de l’utérus nécessaires à l’expulsion des chiots. Elle est produite par l’hypophyse, plus précisément la post-hypophyse, qui produit l’ocytocine, d’où le nom parfois donné par les éleveurs à cette hormone. Celle-ci est remarquablement efficace pour déclencher des contractions de l’utérus. Nous y reviendrons plus loin au cours de cet article, mais il faut d’ores et déjà savoir qu’il est inutile d’utiliser de fortes doses de cette substance pour obtenir un effet ; l’utérus à l’accouchement se contracte sans problème sous l’action de très faibles doses d’ocytocine.
L’ocytocine injectable est commercialisée et de nombreux éleveurs prennent l’initiative d’en posséder dans leur pharmacie avant une mise-bas, au cas où des difficultés surviennent. Ils ne l’utilisent pas toujours de la bonne façon, ce qui peut être dangereux.

L’OCYTOCINE N’AGIT QUE SI LA CHIENNE EST A TERME

Le seul facteur important pour que l’ocytocine agisse réellement est que la chienne soit bien à terme. En effet, l’ocytocine agit sur l’utérus par l’intermédiaire de zones particulières servant de régions de couplage entre cette hormone et le muscle utérin et que l’on nomme des récepteurs. S’il n’y a pas de récepteurs, on peut injecter des doses massives d’ocytocine à une chienne, son utérus ne se contractera pratiquement pas.
Or, au cours de la gestation, une autre hormone, la progestérone, est sécrétée dans l’organisme. Celle-ci est absolument indispensable à la survie des chiots et au maintien de la grossesse jusqu’à son terme. Si la sécrétion de progestérone s’interrompt pour une raison ou pour une autre, un avortement survient.
Une des actions de la progestérone est d’empêcher l’apparition de récepteurs à l’ocytocine au niveau de l’utérus. En d’autres termes, tant que de la progestérone est libérée dans l’organisme, l’ocytocine est inefficace pour déclencher des contractions de l’utérus.

L’OCYTOCINE N’AGIT PAS SUR L’OUVERTURE DU COL DE L’UTÉRUS

L’accouchement, pour se réaliser dans de bonnes conditions, nécessite la conjonction de deux facteurs : des contractions utérines doivent se produire pour expulser les jeunes – et l’ocytocine y contribue pleinement – mais également le col de l’utérus, sorte de sas qui sépare ce dernier du vagin, doit être ouvert pour permettre l’engagement des chiots. C’est le phénomène de ‘ maturation cervicale ‘. Or l’ocytocine ne joue absolument aucun rôle sur ce processus.
Que se passe-t-il si l’on tente de déclencher un accouchement à l’ocytocine alors que le col n’est pas complètement ouvert, bien que la chienne soit pratiquement à terme ‘ L’utérus va se contracter, les placentas des chiots, qui leur apportent de l’oxygène nécessaire à la respiration, vont commencer à se décoller mais, le col n’étant pas suffisamment dilaté, aucune naissance ne sera possible. On risque fort, surtout si on renouvelle les injections d’ocytocine, de provoquer une asphyxie des f’tus et ainsi, d’obtenir, quand le col sera enfin mûr et ouvert, une expulsion de chiots… mort-nés ! Il n’est donc pas envisageable de déclencher un accouchement chez la chienne avec de l’ocytocine si l’on n’a pas pris la précaution de vérifier au préalable l’état d’ouverture du col. Or, hormis le cas de chiennes plutôt de petit format chez lesquelles l’examen gynécologique permet parfois d’examiner le col de l’utérus et d’apprécier son ouverture, il n’est le plus souvent pas possible de juger de l’état de dilatation du col, le vagin étant trop profond chez la chienne. Ainsi, il est conseillé de ne jamais administrer de l’ocytocine à une chienne tant qu’un premier chiot n’est pas déjà né ou est au moins engagé dans le bassin – on le voit alors dépasser à la vulve – ce qui est une preuve que le col est bien ouvert.

DANGERS : DES EXEMPLES CONCRETS

Cette précaution étant prise en compte, l’utilisation d’ocytocine est-elle sans danger ‘ Certes, non ; et c’est pourquoi les vétérinaires ne réservent cette hormone qu’à des indications bien particulières.
Premier cas, premier danger. On observe chez la chienne qui accouche une durée anormalement longue entre l’expulsion de deux chiots successifs, alors que des contractions abdominales sont visibles ou ont été visibles. La sortie des nouveau-nés se reproduit en moyenne toutes les 20 à 30 minutes et on doit s’inquiéter si un chiot n’est pas né 2 à 3 heures après la sortie du précédent. Si la naissance ne se produit pas parce que le chiot à naître est bloqué, du fait d’une mauvaise position par exemple, utiliser de l’ocytocine pour accélérer la procédure est non seulement inefficace, mais réellement contre-indiqué. Dans un tel cas, l’ocytocine va déclencher des contractions de l’utérus, donc décoller les placentas, et risquer d’asphyxier et de tuer tous les chiots qui sont en arrière du chiot bloqué. Lorsque l’intervalle entre deux naissances est trop long, on ne doit pas injecter à l’aveugle de l’ocytocine mais on doit avoir comme premier réflexe de consulter un vétérinaire qui vérifiera, grâce à différents examens, radiographie notamment, qu’il n’y a pas de blocage empêchant l’accouchement (on parle alors de ‘ dystocie’).
Deuxième cas de figure, la chienne qui accouche présente de faibles contractions utérines au cours de l’accouchement, qui visiblement ne suffisent pas à permettre l’expulsion des nouveau-nés. On appelle ce phénomène en langage médical une ‘ inertie utérine ‘. On peut être dans un tel cas tenté d’utiliser de l’ocytocine pour renforcer les contractions de l’utérus. Le problème tient alors à l’origine de cette inertie utérine. Si celle-ci est primitive, c’est-à-dire qu’aucun chiot n’est né et que visiblement l’utérus n’arrive pas à expulser des chiots de taille normale à travers des voies génitales normalement dilatées et que l’on est bien certain, par l’observation de la perte des eaux ou d’écoulements vulvaires verdâtres par exemple, qui sont tout à fait normaux à la naissance et signent le début du décollement des placentas, que la chienne est à terme, on peut tenter des injections d’ocytocine. On pourra alors administrer 2 à 5 unités par chienne, quelle que soit sa taille, toutes les 20 à 30 minutes, en ne dépassant pas 3, maximum 4 injections. Passé ce stade, si aucune expulsion de chiot ne s’est produite, il faut sans délai consulter le vétérinaire.
Dans tous les cas de figure, si on obtient la naissance d’un chiot après 1 ou 2 injections d’ocytocine, il est conseillé d’attendre au moins une heure avant de refaire l’injection suivante.
Plus fréquemment, l’inertie utérine est secondaire, et survient au cours d’un accouchement alors que la chienne a déjà produit quelques chiots sans problème et que tout semble s’arrêter. Cette inertie peut faire suite – et c’est souvent le cas chez des grandes chiennes accouchant de portées très nombreuses – à une fatigue utérine. Il faut laisser à l’utérus le temps de récupérer. Si l’on injecte de l’ocytocine à répétition, et surtout de trop fortes doses sur un utérus fatigué, on ne va pas améliorer les choses mais au contraire les faire empirer en saturant les quelques récepteurs à l’ocytocine encore présents et en désensibilisant l’utérus à l’action de cette hormone. Ainsi, lorsque ce dernier aura ‘ récupéré ‘, il ne sera plus capable de se contracter suffisamment, même avec l’aide de l’ocytocine, on sera obligé de faire pratiquer une césarienne. Dans ce cas, il vaut donc mieux s’abstenir d’utiliser de l’ocytocine et consulter un vétérinaire au moins par téléphone pour avoir un avis sur la marche à suivre.
Souvent, en élevage, particulièrement lorsque les chiennes accouchent lentement mais dans d’excellentes conditions, les éleveurs utilisent des injections d’ocytocine, croyant ainsi accélérer la procédure. Ceci est une mauvaise démarche. Il est inutile, voire dangereux, d’utiliser de l’ocytocine sur une chienne qui accouche normalement. Dans le meilleur des cas, on n’aura aucun effet supplémentaire. Dans le pire des cas, ces injections risquent de désensibiliser l’utérus et de provoquer une inertie secondaire qui risque d’obliger à pratiquer une césarienne. L‘éleveur aura ainsi aggravé le cas d’une chienne qui aurait très bien pu mettre bas toute seule.

NE PAS AUGMENTER LES DOSES

Terminons cette mise en garde par un mot sur les doses d’ocytocine à utiliser. On trouve parfois des personnes utilisant jusqu’à 20 unités à chaque injection. De telles doses nous semblent excessives. Elles risquent réellement de désensibiliser l’utérus (cf. cas précédent) et, si un chiot est bloqué, on peut – rarement heureusement – observer des ruptures de l’utérus à la suite de l’administration de doses excessives. Retenons que l’ocytocine est très active quand une chienne est à terme et qu’augmenter les doses ne change rien à son efficacité, au contraire.

– OBSTRUCTION

 

C’est le troisième type de dystocie. Il se complique d’ailleurs souvent d’inertie utérine secondaire. Trois types de causes sont à l’origine d’une obstruction. Soit le chiot est proportionnellement trop gros (tête trop globuleuse de certaines races à ‘ face plate ‘ – présence d’une portée peu nombreuse avec un ou deux chiots anormalement gros accompagnant une grossesse anormalement longue ayant permis un développement corporel exagéré du ou des nouveau-nés), soit la chienne n’est pas assez dilatée ou présente une malformation du bassin (séquelle de fracture, rétrécissement…), soit enfin le chiot engagé est mal positionné et bloque le passage.
Il convient de diagnostiquer rapidement une obstruction. Cela est simple lorsqu’on voit de fortes contractions improductives sur un chiot engagé ou non dans le bassin. Au bout de 3 quarts d’heure – une heure de contractions, alors que souvent la chienne se met à se plaindre ou à s’agiter, il faut filer chez le vétérinaire et ne surtout pas attendre. En effet, les contractions utérines réitérées ont pour effet de ‘ décoller ‘ les placentas de tous les chiots restant à l’intérieur du ventre. Ceux-ci sont donc moins bien oxygénés et commencent à s’affaiblir. Si on tarde trop à intervenir, ils risquent de naître trop faibles pour pouvoir survivre ou alors leur développement sera compromis – on peut ainsi observer des décès de chiots jusqu’à l’âge de 15 jours qui sont la conséquence d’un accouchement difficile ; les chiots qui ont souffert ne ‘ profitent ‘ pas comme les autres et finissent par dépérir malgré les soins intensifs que peut leur procurer l’éleveur.

 

OCYTOCINE ET CALCIUM

Comment l’ocytocine provoque-t-elle des contractions de l’utérus ‘ Cette hormone favorise en fait la mobilisation et l’utilisation du calcium par le muscle utérin, le calcium étant absolument indispensable à toute contraction musculaire dans l’organisme.
Lorsque l’ocytocine n’agit pas bien au moment de l’accouchement, les vétérinaires pratiquent fréquemment des injections de calcium pour tenter de favoriser l’action de cette hormone. Le calcium est souvent administré en perfusion ou directement dans la veine.
Certaines personnes préfèrent injecter également l’ocytocine dans une perfusion intraveineuse, prétendant que cette substance est ainsi distribuée plus régulièrement dans l’organisme et est plus efficace. Ce n’est pas toujours facile d’agir ainsi, d’autant que brancher et maintenir en place une perfusion sur une chienne qui accouche et est souvent très agitée est quasi-impossible.

L’EFFET ‘ MOULE UTÉRIN ‘

 

Lorsqu’une chienne est saillie involontairement ou accidentellement par un mâle beaucoup plus grand ou plus gros qu’elle, une chienne bichon par un mâle labrit par exemple, les propriétaires s’inquiètent souvent car ils sont persuadés que les chiots seront trop gros et ne pourront pas naître spontanément.
Or il existe en biologie un principe désigné sous le terme d’effet ‘ moule utérin ‘. Lorsqu’une femelle est accouplée avec un mâle beaucoup plus gros qu’elle – à condition que l’accouplement s’effectue naturellement – la taille des petits à la naissance sera en général calquée sur la taille de l’utérus de la mère. Même si une fois adultes, les chiots deviennent très grands, ils ne seront pas anormalement gros à la naissance. Il n’est donc pas vrai qu’il faille absolument faire avorter une petite chienne saillie par un gros chien.

Dans le doute, prenez avis auprès de votre vétérinaire.

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